Logement social outre-mer : la République ne peut pas geler ses promesses
Quatre-vingt-quatre pour cent de nos concitoyens ultramarins placent le logement au premier rang de leurs préoccupations. Le rapport du Comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques de l'Assemblée nationale, déposé le 10 juin 2026, le confirme sans détour : plus de 103 000 ménages attendent un logement social dans les départements et régions d'outre-mer, quand l'État a gelé les crédits censés le financer. Le Parti Radical refuse que la solidarité nationale s'arrête au bord de l'océan.
Les chiffres du rapport donnent le vertige. Près de 147 500 logements indignes, soit une résidence principale sur six, contre une sur cinquante dans la France continentale. Une progression de 116 % de l'habitat indigne recensé depuis 2017. Un taux de pauvreté de 53 % en Guyane, de 77 % à Mayotte, où le cyclone Chido a détruit plus d'un quart des logements en décembre 2024. Derrière ces données, ce sont des familles entières privées d'eau, d'assainissement, de sécurité, dans des territoires qui subissent déjà de plein fouet le dérèglement climatique.
Face à cette urgence, quelle a été la réponse de l'État ? Un gel massif, pour l'exercice 2026, des crédits de la ligne budgétaire unique, l'outil même qui finance la construction et la réhabilitation du parc social ultramarin. La première recommandation du rapport est sans ambiguïté : revenir sur ce gel et sécuriser l'intégralité des autorisations d'engagement votées par le Parlement. Pis encore, l'État n'a cédé aucun terrain pour une opération de logement social outre-mer depuis 2022. On ne bâtit pas une politique du logement sur des promesses rétractées d'un exercice budgétaire à l'autre.
Notre parti puise ici dans sa doctrine la plus ancienne. Léon Bourgeois, père du solidarisme, l'écrivait il y a plus d'un siècle : l'individu naît débiteur de la société, et la société contracte en retour une dette envers chacun de ses membres. Le logement décent n'est pas une faveur consentie aux territoires lointains. C'est un dû républicain. Naître à Cayenne ou à Mamoudzou ne saurait valoir condamnation à une vie plus précaire qu'à Lyon ou à Rennes.
Le Parti Radical fait siennes plusieurs orientations du rapport et appelle à les graver dans la loi de finances. Inscrire les crédits de la ligne budgétaire unique dans une trajectoire pluriannuelle, pour rendre aux acteurs du logement la visibilité qu'on leur a retirée. Recentrer la production sur les logements très sociaux, à hauteur d'au moins 30 % des programmes, car ce sont les ménages les plus modestes qui sont les premiers exclus. Rendre effectif le droit au logement opposable, aujourd'hui largement théorique outre-mer. Et surtout, prolonger la décentralisation en confiant aux communes, aux intercommunalités, aux départements et aux régions ultramarines un pouvoir de décision réel, adossé aux moyens d'ingénierie qui leur font défaut.
La République une et indivisible n'est pas la République uniforme et lointaine. Elle est la promesse que le lieu de naissance ne détermine jamais le niveau de dignité. Cette promesse, il est temps de la tenir.