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La décommercialisation n’est pas une fatalité : c’est une question de pouvoir local

Onze pour cent des locaux commerciaux sont aujourd'hui vacants, et 62 % de nos communes ne comptent plus un seul commerce, contre à peine un quart en 1981. Le rapport d'information n° 821 du Sénat, « Face à la décommercialisation, réinventer le commerce physique » (1er juillet 2026), a le courage de nommer le mal sans céder au bouc émissaire commode. Pour notre famille politique, l'enseignement est limpide : un centre qui se vide n'est pas d'abord un accident du marché, c'est une défaite de la décision publique locale.

La vacance commerciale est passée de 8,8 % en 2017 à 11,6 % en 2025, atteint 16,8 % dans les centres commerciaux et n'épargne plus les métropoles : 12 % à Lille, 13 % à Marseille, jusqu'à 8 % à Paris. Le secteur, trois millions d'emplois, sort essoré des crises successives, et l'habillement vit une crise sans précédent, avec près de vingt enseignes disparues et 1 800 magasins fermés pour la seule année 2025. Le rapport refuse pourtant la facilité : le commerce en ligne, la seconde main, le discount et le niveau des loyers pèsent autant que la concurrence étrangère. Se tromper de diagnostic, c'est garantir l'échec du remède.

Plus de 800 millions de produits, vingt-six par seconde, ont été déversés en 2025 par les plateformes chinoises. La réponse existe : taxe européenne de trois euros par colis depuis le 1er juillet, portée à cinq euros en novembre, et renforcement des pouvoirs de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), désormais habilitée à faire retirer un produit non conforme sous quarante-huit heures. Ces mesures sont justes et notre parti les soutient. Mais soyons lucides : ni Bruxelles ni Bercy ne rouvriront un rideau baissé à Neufchâtel-en-Bray ou à Blangy-sur-Bresle.

Le levier décisif est ailleurs.

C'est la conviction constante du Parti Radical, et c'est aussi celle du Sénat, qui invite les maires à « retrouver leur rôle de véritable décideur en matière d'aménagement commercial ». On mesure ici la justesse de la subsidiarité : l'élu du bloc communal connaît les flux, les friches et les loyers mieux que n'importe quelle circulaire. Encore faut-il lui en donner les moyens.

Le rapport ouvre la voie : opérations de revitalisation de territoire, observatoires des loyers commerciaux pour rééquilibrer le rapport locataire-propriétaire, révision facilitée des loyers abusifs en cours de bail, et surtout durcissement de la taxe sur les friches commerciales, dont le délai d'assujettissement passerait de deux ans à un an pour sanctionner la vacance spéculative. À cela, notre famille ajoute sa boussole : l'autonomie fiscale des collectivités, sans laquelle aucune de ces politiques n'est finançable dans la durée.

Édouard Herriot avait fait de sa ville une œuvre politique ; là où communes et intercommunalités agissent ensemble, la vacance recule.

Le rapport se tient à distance de l'encadrement autoritaire des loyers, et il a raison : plafonner de force, c'est tarir l'offre. Mais l'inverse, le laisser-faire résigné, abandonne nos centres-villes à la loi du plus fort. Entre ces deux impasses, le Parti Radical trace depuis toujours la voie de la responsabilité locale : donner aux territoires le pouvoir, les données et la fiscalité pour décider.

La décommercialisation ne se décrète pas depuis un ministère : elle se combat, rue par rue, partout où le pouvoir revient aux communes et à leurs intercommunalités.

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